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L’attractivité du doctorat en berne

Par Marine Dessaux | Le | Doctorat

À la rentrée 2022, le nombre de nouveaux inscrits en doctorat diminuait de 4 % par rapport à 2021, révèle une note du service des études statistiques du ministère de l’enseignement supérieur. Un chiffre qui s’inscrit dans une tendance de baisse régulière depuis dix ans ayant conduit le gouvernement à prendre des mesures pour améliorer l’attractivité de ce diplôme.

La chute du nombre de primo-inscrits est particulièrement importante en mathématiques et en chimie. - © Freepik
La chute du nombre de primo-inscrits est particulièrement importante en mathématiques et en chimie. - © Freepik

Le chiffre : -4 % de primo-inscrits en doctorat en 2022

Avec 15 700 doctorants inscrits en première année de thèse dans les 295 écoles doctorales accréditées par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche (MESR) à la rentrée 2022, l’effectif de primo-inscrits diminue de 4 % par rapport à la rentrée 2021. Cette baisse concerne particulièrement les sciences agronomiques et écologiques (-13,1 %), les mathématiques (-10,1 %), et la chimie et science des matériaux (-8 %).

En revanche, le nombre de docteurs ayant obtenu leur diplôme en 2022 augmente de 2 % par rapport à 2021 (13 900 docteurs). Il revient au niveau de 2019 après une chute de 15,2 % en 2020 en raison de la crise sanitaire.

« Une baisse régulière et continue, depuis dix ans »

Boris Gralak est secrétaire général du SNCS-FSU. - © SNCS-FSU
Boris Gralak est secrétaire général du SNCS-FSU. - © SNCS-FSU

Boris Gralak, secrétaire général du Syndicat national des chercheurs scientifiques-Fédération syndicale unitaire (SNCS-FSU), dans une tribune publiée dans le journal Le Monde le 28 juin 2023, pointe « une baisse régulière et continue, depuis dix ans, du nombre de doctorats délivrés, du nombre de thèses en cours, et aussi du nombre de primo-inscriptions en doctorat » de l’ordre de 10 % sur les dix dernières années où les chiffres sont connus. Il se base sur la dernière édition de « L’État de l’emploi scientifique en France », parue le 15 mars 2023.

« Le nombre de diplômes de doctorat délivrés est quant à lui tombé sous la barre de 14 000 par an depuis 2019 alors que la stratégie nationale de l’enseignement supérieur de 2015 fixait l’objectif de 20 000 docteurs à former par an… en 2025 », précise-t-il.

De premières mesures dans le cadre de la loi de programmation de la recherche…

« Ce dont a besoin un jeune chercheur, c’est un environnement propice et c’est ça aussi l’attractivité de la recherche », ajoute la ministre. - © ANR
« Ce dont a besoin un jeune chercheur, c’est un environnement propice et c’est ça aussi l’attractivité de la recherche », ajoute la ministre. - © ANR

Sylvie Retailleau, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, a elle aussi réagi à ces chiffres du Sies. Invitée de la matinale de France Inter le 16 août 2023, elle déclare :

« Le constat de la moindre attractivité du doctorat, nous l’avons fait avec la loi de programmation pour la recherche et c’est pour cela que nous augmentons le nombre de contrats doctoraux, avec, en 2023, plus 1 100 contrats doctoraux. Et puis, nous revalorisons les salaires des doctorants. Aujourd’hui nous avons des salaires qui sont déjà augmentés à 2 000 € par mois, et qui vont atteindre 2 300 €. Ils seront comparables aux salaires des doctorants dans d’autres pays européens, voire internationaux. »

Lors de la journée nationale du doctorat, le 11 mai, la directrice générale de la recherche et l’innovation Claire Giry rappellait également que :

  • la LPR prévoit un doublement du nombre de Conventions industrielles de formation par la recherche (Cifre) ;
  • les programmes structurants de France 2030 sont aussi un levier important pour le doctorat via plusieurs objets : les programmes et équipements prioritaires de recherche (PEPR) et l’appel à manifestation d’intérêts Compétences et métiers d’avenir.

… qui doivent prendre de l’ampleur dans le cadre de la revoyure ?

Les présidentes et présidents d’université redoutent un décrochage pour la recherche publique française. France Universités appelle le gouvernement et les parlementaires à « se saisir de la clause de revoyure de la loi de programmation de la recherche prévue en 2023, afin de renforcer les moyens, notamment financiers, en direction de la recherche publique ».

L’association suggère à l’État de « montrer l’exemple » en misant sur les thèses Conventions de formation par la recherche en administration (Cofra), un dispositif expérimenté depuis la rentrée 2022.

Pour Boris Gralak,  « il faut revoir la trajectoire budgétaire de la loi de programmation de la recherche en passant à des marches de deux milliards d’euros par an jusqu’en 2027 : c’est la condition pour respecter à la fin de ce quinquennat l’engagement de la France d’investir 1 % de son PIB dans la recherche publique ».

La source : qui a produit ces statistiques ?

Ces données proviennent du service des études statistiques (Sies) du ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation qui effectue une enquête annuelle auprès des écoles doctorales. Publiée le 11 juin 2023, la note flash (corrigée en juillet) partage les chiffres du doctorat pour l’année 2022-2023. Seules les thèses de recherche y sont prises en compte.

Les autres leçons de l’enquête

79 % des doctorants bénéficient d’un financement

« À la rentrée 2022, 79 % des doctorants en première année dont la situation financière est connue (soit 99 % des doctorants) bénéficient d’un financement dédié pour leurs travaux de recherche, soit une proportion en augmentation d’un point par rapport à la rentrée 2021 et de dix points depuis 2012 », indique aussi le Sies.

Le MESR finance 33,4 % des doctorants inscrits en première année en 2022. - © photo3idea_studio
Le MESR finance 33,4 % des doctorants inscrits en première année en 2022. - © photo3idea_studio

La répartition des financements de contrats doctoraux est la suivante :

  • le ministère de l’enseignement et de la recherche (MESR) pour 33,4 % des doctorants inscrits en première année en 2022  (+2 points en un an) ;
  • les Conventions industrielles de formation par la recherche (Cifre) pour 8,1 % (stable) ;
  • d’autres financements pour 37,1 % (-1 point).

Le nombre de doctorants financés par l’Agence nationale de la recherche (ANR) a augmenté de 4 % entre 2021 et 2022, passant de 820 doctorants en première année financés (5,1 %) en 2020 à 1 231 doctorants (7,5 %) en 2021 et à 1 281 (8,1 %) en 2022.

Les cotutelles internationales en baisse

Les collaborations internationales peinent à prendre leur envol avec seulement 7 % des doctorants inscrits en première année à la rentrée 2021 effectuant une thèse en cotutelle (-0,5 point par rapport à 2020), soit le même niveau qu’en 2019. En effet, la crise sanitaire et la fermeture des frontières avaient alors causé une chute de 1,7 point en un an.

Une minorité de thèses soutenues dans les temps

Enfin, « les décisions prises pendant la crise sanitaire continuent d’affecter la durée des thèses des docteurs diplômés en 2022, qui demeure comparable à celle des thèses soutenues en 2021 », pointe le Sies.

En cause, la prolongation exceptionnelle des contrats doctoraux. La proportion de thèses soutenues en moins de 40 mois après le début des travaux de recherche, soit à peu près la durée prévue par les textes (36 mois), reste minoritaire, s’établissant à 34 % en 2022 comme en 2021, contre 41 % en 2020 et 43 % en 2019.